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dimanche 1 décembre 2019

Hubert (1)

L’arrière-salle du “Joyeux drille” puait le rat crevé, le vieux tabac et l’alcool bon marché. Il s’y trouvait quatre grandes tables rondes, autour desquelles les joueurs de cartes se retrouvaient. Ils y dilapidaient leur solde ou leurs économies en quelques heures d’oubli. Ils avaient la passion du jeu, dévorante, qui rongeait leur libre arbitre et leur patience.

samedi 30 novembre 2019

Roda (1)

L’immense continent Nord était coupé en deux par une longue chaîne de montagnes. Au sud, des terres riantes, arrosées par de longs fleuves, dont la Stral et le Sund, qui se jetaient dans la ville la plus riche du monde. Au nord, en revanche, on trouvait des terres arides et désolées. Dans ces étendues de steppe parsemées de broussailles, des nomades élevaient des chevaux. On y travaillait le bois dans les quelques forêts. On y chassait l’élan, le renard blanc ou l’ours.
Quelques cités profitaient des cours d’eau ou de carrières de marbre pour se développer. Parmi elles, certaines avaient grossi et des hommes puissants avaient commencé à y faire régner l’ordre.
Le fonctionnement clanique des tribus de nomades s’accommodait de ces petits villages fortifiés. Chaque chef menait ses affaires au sein de vastes étendues de plaines, avant de commercer dans ces points de rencontre.

Mikhail (1)

Le soleil implacable écrasait les dunes de sable. Oasis, la cité perdue au coeur du désert, faisait le dos rond.
Loin au coeur du continent sud, au carrefour des routes commerciales, Oasis attendait, alanguie, les heures plus fraîches du début de soirée puis glaciales de la nuit.
C’est cela qui surprenait les visiteurs : en nage et brûlés par la chaleur pendant des heures, emmitouflés dans des couvertures lorsque le ciel devenait noir d’encre, parsemé d’étoiles.
La ville comptait environ dix mille âmes en temps normal, mais lorsque le commerce battait son plein, elle pouvait en accueillir le double ou même le triple. De grands espaces se tenaient prêts pour les visiteurs, à la fois pour de lourdes tentes de toile, ou dans des bâtiments en pierre blanche à moitié enfoncés dans le sol. Entrepôts, auberges, bordels : le petit monde parallèle du commerce à  disposition.

Shazam (1)

Le marchand discutait avec animation devant lui. Il y avait foule devant la Bourse du commerce, ce matin. Les marins, les capitaines et les négociants se pressaient, attentifs aux nouvelles. Chaque information se vendait à prix d’or. Les contrats changeaient de mains. De simples bouts de papier qui représentaient des tonneaux de marchandises, lesquelles transiteraient par Stralsund en direction des îles du sud, de Sirân, Delta, Hoorn ou Kimberley.
Pour Shazam, ces noms ne correspondaient pas à grand chose. Pour lui, la richesse se trouvait juste devant lui, sous la forme d’une bourse bien garnie qui se balançait sur les hanches d’un gros marchand vêtu d’une tunique bleue.

vendredi 29 novembre 2019

Karsten (1)

Le sable crissa sous ses pieds. En dépit de ces appuis difficiles, Karsten Levin accéléra. Sa course vers la droite n’échappa pas à son adversaire, mais ce dernier ne s’attendait pas à un changement de direction. Un pas vers la gauche, trois pas enchaînés et le défenseur, pris à contre-pied, ne parvint pas à reprendre l’équilibre.
Karsten s’échappa, balle à la main. Une simple boule de bois polie, glissante en temps de pluie et lourde. Mais il avait l’habitude. Les mains fermement ancrées, il conserva la possession du totem, et pénétra dans le camp adverse.

mercredi 27 novembre 2019

Pauline (1)

L’Université de trouvait devant elle, intimidante. Pauline Dubois ne se sentait pas vraiment à sa place. Quatre bâtiments disposés en carré, avec des murs de brique rouge couverts de lierre l’attendaient, au milieu d’une cour pavée.
-Bon, vas-y Pauline, s’encouragea-t-elle.
Pour son premier jour, elle espérait faire bonne impression. Cela commença mal lorsqu’elle marcha dans une bouse de boeuf. Il lui fallut rebrousser chemin à la recherche d’un petit cireur de chaussures afin de réparer les dégâts.
Avec quelques minutes de retard sur l’horaire prévu, elle franchit enfin le porche immense et se mêla à des dizaines d’autres étudiants. Certains ne semblaient pas plus à l’aise qu’elle. La jeune femme prit le temps de contempler le plus grand lieu de savoir du monde connu : l’académie de Stralsund, haut lieu de sciences et de connaissances.

lundi 25 novembre 2019

Ignacio (1)

Loin au sud de Stralsund, les explorateurs des temps passés avaient découvert de nombreuses îles vierges. Des volcans parsemés au milieu de l’océan, aux flancs recouverts de jungles. Ils les nommèrent Coriandre, Safran ou Jade. Ces véritables joyaux, au climat agréable, aux fruits exotiques et aux eaux chaudes attirèrent bon nombre de marchands, qui commencèrent à exploiter les ressources. Bientôt, le commerce du bois et de certaines épices rares tourna à plein régime et enrichit la famille Olsen, la famille fondatrice de Stralsund.
Les marins ne tardèrent pas à trouver un gigantesque continent encore plus au sud. Ils débarquèrent et bâtirent un comptoir, au débouché d’un fleuve immense, l’Emeraude.

Sarah (1)

Le froid régnait à Narval, capitale d’un royaume du nord-ouest du continent. La ville portuaire, grande rivale de Stralsund sur la côte, avait l’habitude des hivers rigoureux. Cette fois, la neige avait gagné le combat sur l’automne bien plus tôt que d’habitude. Il y avait eu d’abord quelques flocons discrets, qui fondaient aussi vite qu’ils tombaient sur les feuilles mortes. Puis, il y eut des nuits entières où le blanc domina.
Sarah Cattermole avait contemplé le spectacle pendant des heures depuis la fenêtre grande ouverte de son appentis, indifférente au froid. Le silence l’avait particulièrement marquée. Ces gros flocons, denses, tombant sans un bruit, s’écrasant au sol, se mêlant aux feuilles, aux arbres, aux toits. Recouvrant tout. Parfois, une tâche de couleur incongrue échappait aux assauts glacés. Il s’agissait souvent d’une brique rouge qui ressortait et transformait un tableau complètement blanc par ailleurs.

Horacio (1)

L’horloge du palais du Consul sonna la douzième heure. Perché sur le toit d’un hôtel particulier voisin, Horacio Miguel attendit. Il faisait nuit sur Stralsund, une nuit voilée par des nuages sombres annonciateurs d’orage. La lune n’offrait qu’un maigre croissant qui peinait à percer. Les étoiles, masquées, n’éclairaient rien. Parfait, songea-t-il.

dimanche 24 novembre 2019

Kristoff

Ils étaient encore là, ce matin. Les démons dans sa tête. Ils murmuraient des choses. L’incitaient à faire du mal.
-Tout le monde est contre toi, fait quelque chose…
-Taisez-vous, soupira-t-il.
Depuis tout petit, Kristoff Blom les entendait. Au départ, il ne comprenait pas, puis des phrases se formèrent. Il en avait parlé à ses parents, qui ne l’avaient pas cru. Les prêtres ? Non plus, pas plus que son maître. Alors dès l’âge de sept ans, il avait arrêté d’en parler.

mercredi 20 novembre 2019

Vladimir (1)

La cloche de sept heures sonna. Le son cuivré résonna de longues minutes et se répéta, sept fois. Le novice Vladimir Mozyakin quitta sa paillasse, les yeux embrumés de sommeil. Le froid de la pierre sous ses pieds le fit frissonner. Il revêtit une longue tunique grise de laine râpeuse. Il gratta son crâne tonsuré, bailla et s’agenouilla.
Il commença la première prière du jour.
Mère des eaux, protège-nous
Mère des eaux, soutiens-nous
Mère des eaux, révèle-nous
Mère des eaux, porte-nous
Vladimir inclina sa tête et colla son front au sol quatre fois. Il leva les yeux au plafond, ferma les yeux et inspira, quatre fois. Le chiffre quatre était important, chez les adeptes de la déesse de la mer. Il correspondait aux quatre directions - nord, sud, est, ouest - qui permettaient de trouver son chemin en plein océan.

mardi 19 novembre 2019

Bartolomeo (1)

Comment s’était-il retrouvé là, sur ce bout de planche perdu au milieu de l’océan ? Trempé, gelé, affamé, sans aucun espoir ?
Bartolomeo Sanchez se le demandait bien. Ce matin encore, le port de Stralsund n’annonçait rien d’aussi dramatique. Il s’était levé bien avant l’aube. Sa cahute se situait dans le quartier des Pêcheurs. Une masure de bois, où il vivait avec sa femme et ses six enfants. Ils n’avaient que deux pièces et les petits dormaient tous dans le même lit, se réchauffant les uns contre les autres en hiver. Le poêle n’était qu’un brasero à peine amélioré et ne réchauffait pas vraiment la pièce commune, où sa femme Evita et lui-même plaçaient leur paillasse, le soir. En journée, elle se précipitait au bureau de l’emploi et enchaînait les journées de travail un peu partout. Lavandière, couturière, poissonnière, ravaudeuse de filets… Elle ne refusait rien. Le midi, elle quittait son service et rôdait dans le marché, à l’affût des bonnes affaires - légumes ou fruits à la limite de la consommation, vendus trois sous à la toute fin des ventes, lorsque les commerçants préféraient brader plutôt que de remporter des marchandises abîmées.
Lui, pendant ce temps, filait au port et embarquait sur les premiers navires de pêche disponibles. Marin à la journée, il s’usait le corps et les muscles à tirer les cordages, participer aux manoeuvres, relever les filets et trier le poisson. Des tâches rudes, épuisantes et très mal payées.

lundi 18 novembre 2019

Balthazar

Dix ans plus tôt
D’aussi loin qu’il se souvienne, Balthazar Duclair appréciait le contact du bois. Sa douceur, sa chaleur. Ce côté brut, qu’il fallait patiner, lisser, ajuster. Le bois était un matériaux noble, que l’on pouvait façonner à sa guise.
En grandissant sous la férule sévère d’un maître menuisier, il avait découvert les spécificités des essences. Hêtre, orme, chêne, pin, ou même ébène et palissandre, et tant d’autres… Chacun proposait une texture unique, une dureté ou une souplesse. Il lui avait fallu des heures d’apprentissage douloureux, penché sur son établi, une gouge à la main, un ciseau à bois, une lime… afin de maîtriser petit à petit son art. Il avait ensuite suivi l’enseignement de nombreux maîtres - marqueteurs, layetiers, ébénistes, encadreurs… toutes les approches des métiers du bois, à la recherche de la perfection. Sa réputation avait grandi au fur et à mesure que les commandes affluaient. Il avait produit des boites, des meubles, des tableaux, des sculptures. Ses réalisations avaient même fait leur chemin dans les palais de la Citadelle. Le Consul lui-même utilisait un secrétaire fabriqué par ses soins.

Gustav (1)

-Ce vin est infect. Servez-moi un autre verre, ordonna Gustav.
Le domestique s’inclina et remporta l’objet du délit. Il masqua à peine sa réprobation : ce cru des coteaux de l’Ouest avait pourtant une excellente réputation. Il n’était pas bouchonné non plus. Mais son maître avait ses manies et un caractère du diable.
-Décidément, trouver du personnel compétent devient de plus en plus difficile, soupira Gustav Olsen, membre éminent de la grande famille qui contrôlait Stralsund.
Dans la pyramide familiale, il se trouvait tout en haut. L’élite, pas comme les cousins crétins qui vivotaient d’un ou deux navires marchands. Lui dirigeait une compagnie d’une quarantaine de voiliers, avait ses entrées dans toutes les ambassades, des factoreries et des comptoirs sur toutes les îles du sud. Un homme important se devait de bénéficier d’un service irréprochable.

samedi 16 novembre 2019

Mark (1)

Parfois, la situation de garde du corps se révélait bien moins ennuyeuse que prévue.
Le nez entre les seins d’une petite brune au corps de liane et au parfum de santal, Mark Olsen se perdait en rêverie. Ses mains se baladaient sur la peau cuivrée de la prostituée du bordel “Saveurs exotiques”, une maison de passe huppée de l’île de Jade.

mardi 12 novembre 2019

Giovanni (1)

Dans le petit monde du commerce, Giovanni Di Solari s’était forgé une belle réputation. Il savait saisir les opportunités. Le principe restait simple : écouter, analyser, et fournir les bonnes marchandises au bon endroit au bon moment. Chaque produit pouvait trouver son client. Il suffisait de se donner la peine de chercher la bonne information. Et il excellait dans ce domaine.
A Kimberley, il avait débuté dans le commerce des vins. L’île de Kern en produisait un passable, mais loin de valoir les crus de la côte sud, tenus par les marchands de Stralsund. Qu’importe : puisque le vin de Kern ne s’écoulerait pas dans la grande métropole, il suffisait de le proposer là où la concurrence n’existait pas. Giovanni plaça ses quelques fonds dans deux navires marchands, qu’il envoya sur toute la côte Ouest. Non pas dans les grands centres urbains, mais dans les petites îles et leurs tavernes oubliées. Il inonda les marchés avec de la piquette à bas prix, puis, une fois installé en quasi monopole, augmenta petit à petit le tarif.

lundi 11 novembre 2019

Teresa (1)

-Silence, dans la salle !
Le marteau de justice s’abattit à plusieurs reprises. Le juge tenta de reprendre le contrôle d’une salle agitée. Les procès pour infanticide attiraient toujours les foules. Une sorte de curiosité morbide poussait des personnes forts respectables par ailleurs à repousser toute civilité aux orties.
“Ordure ! Pendez-le !”
Oui, les réactions ne la surprenaient pas. Rien ne surprenait Teresa Kouros dans une salle d’audience. Après plus de trente ans de carrière à reporter les procès pour le compte de la gazette de Stralsund, son chignon gris tiré en arrière et sa paire de gros verres sur le nez faisaient partie des meubles.
Elle soupira. La pendaison n’était plus en vigueur à Stralsund depuis à peu près deux siècles. Mais il y aurait toujours des types assoiffés de sang qui réclamerait des têtes. Même quand les preuves restaient finalement assez ténues, comme dans ce cas épineux.

Martha (1)

Le voyageur qui se rendait à la pointe sud-est du continent nord y trouvait une ville très curieuse. La cité de Kimberley rayonnait à travers le monde. Pas autant que Stralsund, mais la cité restait connue pour son art de vivre.
La ville était bâtie sur une île luxuriante, camouflée au fond d’un lac côtier. Pour y accéder, les navires devaient contourner un cap, s’infiltrer entre deux collines par un petit bras de mer, avant de découvrir ce joyau dissimulé aux regards. Kimberley, la ville lacustre, ses toits en forme de coupoles, à l’ardoise bleutée. Les murs recouverts de passiflores, plongeantes, dont les fleurs en rosaces donnaient cette senteur si particulière.
On y célébrait les arts et la science. Son université réputée accueillait les chercheurs les plus prestigieux, qui passaient des heures à étudier de vieux manuscrits rares. Il n’y avait guère que l’académie de Stralsund pour éclipser celle de Kimberley.
Martha Wozniacki avait grandi à l’ombre de ce bâtiment prestigieux. Pour autant, elle ne faisait pas partie de la caste intellectuelle. Sa famille venait plutôt de l’artisanat. Son père tenait une quincaillerie banale, au fond d’une ruelle anonyme. Sa clientèle était celle de petites gens, à la recherche d’outils et d’accessoires pratiques.

Lukas (1)

Putain de chaleur…
Comment s’était-il retrouvé à crapahuter dans le désert de ce putain de continent sud ? Sans doute à cause d’une succession de mauvais choix. Des décisions qui, sur l’instant, lui avaient parues parfaitement sensées.
Le sable brûlait, lui emportait le pied par surprise. Les dunes semblaient se mouvoir au fur et à mesure de son avancée. Il marchait tel un crabe, en diagonale. Écrasé par le soleil, il avançait comme un automate brinquebalant.
Putain de chaleur…
Son cerveau s’économisait et il ne pensait plus qu’à mettre un pied devant l’autre. C’était la chose à faire. Logique, rationnelle. Un pas après l’autre. Devant lui, ce serait forcément mieux que ce qu’il y avait derrière, non ? Derrière, il y avait les cadavres ravagés de la caravane. Des corps exsangues, dont le sable buvait avidement le fluide vital. Son boulot avait consisté à protéger ces gens, et il avait lamentablement échoué. Il s’était contenté de fuir, fuir ses doutes et la révolte.
Putain de chaleur…
Lukas Hollander résista à l’envie de nettoyer son gosier. Une petite lampée, ça suffirait. Après tout, il l’avait bien mérité. Il faisait chaud, il marchait avec à peine à mouchoir sur la tête. Il avait jeté son casque depuis un bon moment : trop lourd. Et le métal lui cramait le ciboulot. Donc il marchait là, au milieu de nulle part, avec un mouchoir crade sur les cheveux, une cuirasse de cuir bouilli trempée de sueur, une épée au côté, une besace avec un canif et un peu de bouffe, et une petite outre de flotte croupie à la ceinture. A moitié remplie seulement, en plus. Une petite lampée… Non, il valait mieux la garder pour faire passer ces putains de lamelles de boeuf séché. Quel sadique avait inventé ces machins-là ? Autant manger de la semelle.
Putain de chaleur !
Dans son avancée mécanique, Lukas se voyait crever comme un chien dans le désert. Et dans ces cas-là, paraissait qu’on revivait ses souvenirs. Pas beau à voir.

Yulia (1)

Très loin au nord de Stralsund se trouvait la cité de Hoorn. Une ville de glace et de neige, aux portes de la toundra, qui avait longtemps servi de simple avant-poste commercial sur la route des fourrures, de l’ambre et du bois. Construite sur les rives d’un fleuve gelé la moitié de l’année, on y trouvait au départ que quelques cahutes séparées par une grande rue, quelques entrepôts, une ou deux auberges, quelques ateliers.
La ville avait grossi le jour où des prospecteurs avaient déniché un filon de minerai de fer. Toute une industrie avait alors explosé. Des fortunes s'étaient faites et défaites au fil du temps. Des compagnies venues de tout le continent avaient choisi la cité de Hoorn pour lancer leurs affaires.
Stralsund n'avait pas échappé à la règle. L'avidité des marchands de la grande cité commerçante, l’entrepôt du monde disait-on, restait légendaire. Les dirigeants négocièrent longuement, nouèrent des alliances, alignèrent des pots-de-vin, se mirent les politiciens de Hoorn dans la poche et finirent par obtenir des contrats d’exclusivité commerciale.
Désormais, les marchandises de Hoorn transiteraient uniquement vers Stralsund.
La famille Tarasova faisait partie de ces négociants. Installée dans des villages perdus de la toundra, elle dirigeait des troupes de bûcherons, de débardeurs, d’élagueurs et fournissait les scieries de Hoorn en bois, principalement des résineux. Une partie de leur production alimentait les chantiers navals de la ville, où partaient dans des convois imposants à l’autre bout du monde, vers l’Arsenal de Stralsund.
Les affaires des Tarasova prospéraient. Une série d’alliances leur permit de monter un consortium. Les Tarasova furent désormais des subalternes d’industriels bien plus puissants. Ils furent envoyés à Stralsund même, afin d’y tenir un comptoir, où seraient exportées et vendues les marchandises venue du nord lointain.
Yulia quitta donc sa toundra natale à l’âge de douze ans et suivit ses parents dans une cité chaude, humide et surpeuplée. Elle considérait ce changement comme la fin de son enfance.