Le souvenir d’enfance le plus marquant d’Olivia Silvanelli n’était pas vraiment une image. Plutôt des odeurs. Celle de la baleine minutieusement tranchée en grandes lamelles, ce que son père appelait “le blanc”, et celle des litres d’huile extraites du cétacé tout juste harponné.
Elle était fille d’un maître baleinier. Son père, Ricardo, possédait un navire tout équipé : une trentaine de mètres de long, avec quatre embarcations plus petites, les baleinières. Sitôt les animaux repérés par les vigies - on les apercevait à plusieurs lieues de distance en train de sauter ou d’expulser des jets d’eau - le navire se rapprochait et mettait les canots à la mer. Par petits groupes, les marins aguerris approchaient et lançaient des harpons fixés à des lignes de longue distance, au cas où la baleine plongerait. Les cordages pouvaient parfois filer très vite et il y avait toujours un marin qui arrosait le chanvre afin d’éviter les brûlures.
Puis, il fallait tuer l’animal, en s’y reprenant souvent à plusieurs fois.
Petite, elle rendait service à son père sur la vigie et se retrouvait alors avec une vue plongeante sur la pêche. La mer rougie de sang, les morceaux de viande, la tête découpée et les nageoires jetées à la mer… La routine pour son père et son équipage d’une trentaine d’hommes, parfaitement coordonnés et aux rôles précis. Elle n’avait jamais vraiment pu s’y faire.